Escargot, mon ami….

Modane, le 13 juillet 2015

Si la mode veut actuellement qu’on aime les animaux, je vous rassure, ce n’est pas mon cas, ceux-ci ne sont pourtant pas égaux devant l’amour qu’on est censé leur porter. Il y a ainsi un écart très net entre les animaux dits de compagnie, chiens, chats, poulets, escargots, et ceux dits de boucherie car ils se mangent, tels les chiens, les chats, les poulets et les escargots. Les uns sont cajolés, nourris à en devenir obèses, les autres sont gavés pour être violemment estourbis et dépecés sous les yeux de leurs congénères frustrés de n’avoir pu le faire eux-même. Que voulez-vous, on n’arrive jamais à avoir des rapports idéaux avec ses voisins d’open space. Et qui a déjà entendu les cris rageurs sortant d’un camion d’escargots devant un abattoir sait ce que le dépit veut dire.

Pour préciser le cas, puisqu’on en parle, je dois ajouter que l’abattage de ces animaux est particulièrement douloureux, puisque selon la directive EU272956728, l’animal doit aller sur le lieu de son trépas à pied, l’Europe, avec cette dernière promenade, tentant d’amoindrir le stress de l’animal, tout en préservant la suavité de sa chair.

Dans le cas de l’escargot, qui ne serait pas ému par cette longue, longue, longue dernière promenade de l’animal, du camion au premier crochet mécanique, la bête devisant avec son bourreau pendant ces longues heures de trajet, tenant son dernier verre de rhum d’un oeil, et sa dernière cigarette de l’autre, et philosophant sur les valeurs d’humanité qui prévalent à ce moment ultime, mais long; l’homme tenant la laisse de peau de buffle crochetée d’une main tremblante, ému qu’il est à la pensée du départ imminent et tellement définitif du bel animal?

Cela crée d’ailleurs, des effets connexes intéressants et mal connus. Le saviez-vous? Une boîte d’escargots représente des milliers d’heures de travail, rien qu’à l’abattage. Plus des trois-quarts des hommes participant à l’abattage des escargots ont eu le temps de passer leur doctorat de philosophie. Plus du tiers de ces hommes meurent de vieillesse avant leur cinquantième animal. Sans compter ceux qui, séduits par la faconde de l’animal, et certainement aussi son côté hermaphrodite,  finissent par répudier femmes et enfants pour se mettre en ménage avec. Ce qui, bien que nous n’ayons rien contre les couples mixtes, ne manque pas de faire jaser dans les cantons, et met en danger notre industrie de la layette dans sa globalité, l’escargot ne tricotant que très peu pour sa progéniture.

Plus grave, les chauffeurs des camions apportant les bêtes, tenus de rester jusqu’à ce que la dernière bête ait été exécutée, ne peuvent faire qu’un voyage, rattrapés qu’ils sont par leur retraite pourtant portée à 72 ans. On se rappellera le cas de Tziffra Dogonovitch qui, débutant dans la carrière à 17 ans, ne termina pas sa première livraison, terrassé qu’il fut à l’âge de 75 ans par une vieille bête rhumatisante qui n’arriva même pas au premier bâtiment!

On peut le dire franchement : la chaîne de l’escargot nuit gravement à nos caisses de retraite, mais sous peine de ne plus pouvoir envisager les plus hautes envolées gastronomiques, on ne peut décemment demander à ce que cela cesse! Il faut protéger les métiers de l’escargot! Dilemme cruel!

Je m’étend un peu sur le sujet, je le constate, et c’est un peu par surprise car je voulais à l’origine vous parler d’un tout autre animal, le mérou et de son cri : le bignolage. Car on ne le sait que très peu, mais le mérou bignole.

Mais l’escargot est comme ça : il attaque par surprise et si l’on n’y prend garde, on se fait surprendre. Continuons donc…

Escargots s’exerçant à la lutte gréco-romaine

Gastronomie

L’escargot est un animal hybride, mi-pneu, mi-jante. Pour le manger, mais on le fait pour nous, cf. supra, il faut lui ôter la jante avec un ouvre-escargot dont la production s’effectue uniquement de Mongolie Moyenne Extérieure, ce qui rend l’outil rare. Ou alors on lui offre un bain, auquel cas, il se déshabille de lui-même en sifflotant pour plonger dans l’eau bouillante, près de la branche de laurier.

On le prépare en macédoine ou en Bellevue, à l’ail ou à l’alsacienne. On le mangera rarement à la croque au sel, faute de savoir où recracher les os après mastication. Un dernier conseil : au cas où un peu de chair vous resterait coincée entre deux dents, sachez que ses « antennes » font d’excellents cure-dents, pourvu qu’elles soient amidonnées et la bête de belle taille!

Il est temps, maintenant, de vous souhaiter un bon appétit, mais nous vous rappelons : la gastronomie, oui, mais pas au point de mettre en faillite votre caisse de retraite! Un peu de réserve est de mise… En cette veille de fête nationale, nous vous rappelons le dicton : « pas plus de cinquante quatre escargots par repas, votre caisse vous remerciera! »

Modane