Cap à l’ouest!

J’ai tou­jours eu un faible pour le Nord. La Bre­tagne ne fait pas ex­cep­tion. Même si les côtes du Sud sont dites plus ac­cueillantes, avec leurs plages de sable fin in­vi­tant à ne rien faire, et leurs eaux dites plus chaudes, je trouve sur les côtes Nord une ri­gueur et une in­vi­ta­tion à laconcen­tra­tion qui me conviennent tout à fait.

Ma Bre­tagne va de Can­cale, la ville aux cent res­tau­rants pri­més, au Faou, pe­tite ville du fond de la rade de Brest où vi­vait mon aïeule Ma­rie-Mar­gue­rite de Ker­naïs, qui monta à Paris faire la bonne et souf­fler mon ar­rière grand-père à sa femme, le Faou, di­sais-je, où la mer se fond dans le conti­nent en d’im­menses va­sières odo­rantes sur les­quelles le pont de pierre se pose en fron­tière entre le ter­restre et le marin.

C’est en al­lant au Faou que j’ai pour la pre­mière fois res­senti ce phé­no­mène étrange. Plus je m’avance vers vers l’Ouest, plus je ju­bile. Au pre­mier pan­neau mar­qué Rennes, le sou­rire me vient, qui s’élar­git jus­qu’à la ju­bi­la­tion au fur et à me­sure que je m’en­fonce dans le gra­nit, les herbes folles, les fo­rêts mys­tiques et les eaux om­ni­pré­sentes, douces ou sa­lées, évi­dentes ou dis­crètes, mais ac­com­pa­gnantes comme un ange gar­dien. À Brest, je suis quasi épi­lep­tique, gon­flé à bloc, comme un set­ter la truffe au vent sur une lande gi­boyeuse : je suis chez moi. Je ne suis pas bre­ton, les bre­tons me le font assez re­mar­quer, mais je sais qu’une par­tie de mon âme est d’ici.

Cette Bre­tagne, je la vi­site donc, de­puis quelques temps, chaque année, une Bre­tagne à fois, comme à la pe­tite cuillère. Cette année, je suis re­tourné sur la côte du Goëlo, qu’on peut si­tuer comme la côte ro­cheuse qui va de Saint Brieuc à Paim­pol jus­qu’au Trieux, ré­gu­liè­re­ment en­vahi de ma­rées comme au Le­dano, dans les Côtes d’Ar­mor, donc, un peu à droite du gra­nit rose qui ne fait en­core là que poin­ter son mu­seau ru­gueux.

Comme la ber­nique moyenne, quand j’ar­rive sur mon lieu, je me colle sur mon ro­cher et je ne bouge plus que très peu. Et chaque année, le lieu est dif­fé­rent. Je ne réa­lise réel­le­ment qu’en par­tant où je m’étais collé. L’an­née der­nière, en Fi­nis­tère, c’était à Ploues­cat. Cette année, bien que basé à Plou­rivo, c’est à Lo­guivy de la mer que j’ai collé ma coque quasi chi­noise.

L’en­trée du port…

D’abord, c’est le nord du nord des Côtes du Nord. Après, il n’y a que Bré­hat, puis l’An­gle­terre. En­suite, c’est un très joli petit port, où il n’y pas beau­coup de monde, Paim­pol drai­nant la plai­sance et Bré­hat le tou­risme. On y est pei­nard, entre trois goé­lands fu­rieux, oui, ils en ont tou­jours l’air, c’est l’oeil bleu et fixe qui fait ça, et aussi cette pe­tite tache rouge sur le bec, comme une trace de sang, brrr!… et trois ca­ra­paces, deux bu­lots et un vi­vier désaf­fecté.

Cette année, ha­sard du ca­len­drier, nous l’avons vu à marée basse. Sou­vent. Et si le pay­sage est calme, plein, bleu, tran­quille à la haute, à la basse, il sonne tout à fait au­tre­ment…

À la basse…

Les li­chens noirs sur les ro­chers donnent le mar­nage…
La plage, sur­peu­plée ce jour là…

Mais si à Lo­guivy, on se baigne, on fait du kayak, on tente la do­rade près des vi­viers, le soir, re­tour par Paim­pol, le port des pê­cheurs d’Is­lande, dont les nom­breux bis­trots peuvent vous four­nir la crêpe et le cidre ré­pa­ra­teurs et la par­tie pro­fes­sion­nelle des quais des mo­dèles à « pho­tos de ca­len­drier des postes ».

Cette légende est-elle vraiment nécessaire?

Autre en­droit que j’aime vrai­ment bien, c’est la grève du Le­dano, une large par­tie plate, sur la rive droite du Trieux, la ri­vière du coin, donc, que la marée haute en­va­hit plus ou moins, chan­geant à chaque fois le pay­sage, dont la gamme varie de coin va­seux en­vahi d’algues à baie an­gé­lique. Cette année, par chance, nous y étions par grandes ma­rées, c’était donc plu­tôt baie an­gé­lique et ro­man­tisme ébou­rif­fant (deux elfes par per­sonne, kor­ri­gan pour les en­fants…).

Le Trieux au Le­dano, par très très haute…

Voilà… Le re­tour est dif­fi­cile. On met ses images dans un petit coin de soi, on serre les dents, on grom­melle « Allez, mous­saillon, il faut y aller main­te­nant!, et cap à l’est, vers la pous­sière, la rouille, la crasse et la sur­po­pu­la­tion. On s’ac­cro­chera à la barre coûte que coûte en ser­rant les dents en at­ten­dant de re­ve­nir au port, le vrai, celui de coeur. Et ça tombe bien : cette année, je n’at­tends pas long­temps, j’y re­tourne à la fin du mois! Faut ab­so­lu­ment que j’ap­prenne à ma­nier une voile! Et ça risque d’être une vraie aven­ture!

Ma Breizh!…

Mo­dane

Ma Bro…

Modane